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Johnny Raducanu

Né en Roumanie le 1er décembre 1931 à Braila, Johnny Raducanu descend d'une longue lignée de musiciens tziganes. A l'age de 8 ans, il commence le piano avec l'un de ses frères. Un an plus tard il connaît le premier cahier des études de Czerny par cœur et obtient, grâce à cela, une bourse au conservatoire de sa ville natale.
Au cours de ses jeunes années, il découvre « Caravan » et « Prelude to a kiss » de Duke Ellington, sur le phonographe de ses frères aînés. Le Jazz s'impose à lui comme une révélation, même si à cette époque, Johnny pense que « Jazz » est le nom d'un artiste et non celui d'un courant musical. Un pressentiment peut-être, puisque ce même Duke Ellington le surnommera 20 ans plus tard, lors d'un concert à Bucarest, « Mister Jazz of Roumania ».

La guerre commencée, son père et ses frères partent sur le front. A 10 ans, armé d'un accordéon, il anime des bals d'officiers afin de subvenir aux besoins de sa famille. En parallèle, il poursuit ses études de piano et obtient ses premiers contrats.

En 1950, à 19 ans, il s'inscrit au conservatoire de Bucarest, où il cumule les matières : musique de chambre, harmonie et surtout contrebasse, instrument de longue tradition familiale puisque c'est celui de son père et de son grand-père.

Johnny joue avec passion dans de nombreuses formations musicales et clubs avant qu'ils ne soient fermés par le pouvoir communiste. Le régime impose sa censure et bannit les musiques à paroles : une aubaine pour notre musicien, qui peut développer le jazz instrumental quasi librement dans les cercles intellectuels de la Roumanie. Grâce à ce régime de semi-liberté, il enregistre, en 1966, le premier disque de jazz gravé en Roumanie : « Jazz in trio ».
A la fin des années 60, le climat, plus serein, lui permet de côtoyer ses idoles : Louis Armstrong et Duke Ellington, au cours d'une tournée de ces derniers en Europe de l'Est, organisée par le programme d'échanges culturels du Département d'Etat Américain.

Après avoir joué de la contrebasse pendant des années en réinterprétant des standards du genre, il l'introduit comme instrument de solo dans le jazz roumain. Il évolue ensuite vers la composition et revient naturellement vers le piano. Il donne son dernier concert de contrebassiste en 1977 puis il vend son instrument, hérité de son père, pour s'offrir une escapade à Paris, où il voulait « se saouler de la beauté de la Ville Lumière » que son père lui avait si souvent décrite.
Johnny revient ensuite dans son pays et continue d'y développer son art, créant un style qui lui est propre. Une singularité ainsi dépeinte par ses contemporains : « Ses morceaux ont un caractère varié, parfois balladesque, parfois dramatique, nostalgique ou intensément évocateur … » - Edgar Elian (compositeur).

Une singularité bien reprise par le comédien roumain Ion Caramitru qui déclare à propos de Johnny « qu'on peut toujours envier un talent qui passe à travers toute convention».
Farouchement opposé au régime communiste, Johnny Raducanu apporte, en 1984, son soutien aux intellectuels roumains assignés à résidence dans la ville de Tescani. Animé par l'effervescence de l'endroit et inspiré par la ville du compositeur Enesco, il y compose un de ses morceaux les plus célèbres « Tescani ‘84 » en hommage aux dissidents.

Le talent de Johnny Raducanu s'exporte peu à peu hors de Roumanie. Le pianiste participe à de nombreux festivals, concerts et tournées dans l'ensemble de l'Europe et aux Etats-Unis. Sa notoriété désormais établie dans le monde du Jazz, la direction de la Bibliothèque Américaine de Bucarest trouve en lui un excellent ambassadeur culturel, et le prend sous son aile. Elle finance les voyages du pianiste aux USA dans les années 80. Ces escapades lui permettent de jouer dans des lieux mythiques du Jazz comme Los Angeles, Chicago, Boston, New York ou la Nouvelle Orléans. Il s'y voit récompensé en 1987 par le titre de membre honoraire de l'Académie Louis Armstrong.
Ses collaborations dans le milieu du Jazz (il a enregistré avec Art Farmer, Frederich Gulda, Slide Hampton ou encore Barney Kessel) et son talent incontestable font de lui la référence musicale en la matière en Roumanie. Le président roumain lui décerne la « Médaille d'Honneur », une des plus hautes distinctions du pays. En la recevant, Johnny lui demande à quoi elle peut bien lui servir. Le président lui répond que l'armée tirera trois salves de salut en son honneur le jour de ses funérailles. Pensif, Johnny lui rétorque : « Et vous pensez que je vais les entendre Monsieur le Président ? »
Le 1er avril 2005 il reçoit « le Prix de l'Excellence », une des plus grandes récompenses décernée par l'Union des Compositeurs Roumains. Toujours aussi modeste, Johnny glisse deux mots à l'auditoire : « Je remercie mes collègues pour cette distinction, mais je remercie d'abord Dieu car le prix de l'excellence je l'ai déjà reçu dans le ventre de ma mère. »

Tout au long de sa carrière musicale, Johnny Raducanu s'attache non seulement à promouvoir son art, mais également à transmettre sa passion de la musique à la jeune génération. Il crée l'école roumaine de jazz en formant une grande partie de son élite : Ion Baciu Jr, Ionut Dorobantu ou encore Theodora Enache par exemple. Il préside la Fédération du Jazz Roumain. Artiste passionné et généreux, sa philosophie se résume en ces mots : « La signification de l'art, pour le musicien que je suis, est de sortir la musique de mes tripes pour en faire profiter les autres. »
Johnny Raducanu peut être applaudi toute l'année au « Làptària lui Enache », le bar le plus branché de Bucarest, situé sur le toit du Théâtre National de la capitale roumaine. Le pianiste vit au 7ème étage dans un modeste studio de 30 mètres carrés. Il a entouré son piano de foulards et de torchons pour jouer à sa guise, évitant de déranger ses voisins. Ceux-ci sont, d'ailleurs, extrêmement attentionnés avec leur illustre voisin. Preuve en est, lorsqu'un jour, un visiteur resté coincé dans l'ascenseur en avait fait claquer la porte en sortant, il s'était fait reprendre par l'un d'eux : « Doucement, Johnny est en train de jouer… »
Il y a 4 ans, Johnny Raducanu fêtait ses 70 ans en publiant ses mémoires sous le titre : « Solitude…mon métier » (Regent House Printing & Publishing, 2002).
Aujourd'hui, après 50 ans de carrière musicale à l'apogée d'une vie riche en évènements durant laquelle il n'a cessé d'exprimer dans sa musique ses rêves, ses envies et ses coups de gueule, Johnny a choisi Paris pour graver son nouvel opus.
Un personnage à découvrir dans son nouvel album…